Après le spectacle

J'ai rien compris !


Très souvent les adultes qui accompagnent les enfants aux représentations attachent une grande importance à l'idée d'une compréhension exhaustive du spectacle. Ils pensent par exemple que des mots compliqués constituent des obstacles infranchissables pour les enfants. On n'a pas besoin de tout comprendre pour apprécier un spectacle ! Chaque spectateur transforme ce qu'il perçoit. Chacun appréhende un spectacle, une exposition, un concert en fonction de sa sensibilité, de son histoire. Chacun est libre de ressentir ou pas des émotions face à une œuvre. Il n'y a pas une bonne ou une mauvaise façon de l'appréhender. Un spectacle n'est pas un objet magique que seul des initiés pourraient décrire, comprendre. Fréquenter un spectacle est à la fois une expérience intime et collective que chacun appréhende en fonction de ce qu'il est, au moment où il le vit.

 

Une approche de la lecture d'un spectacle


Afin de dépasser les traditionnels "j'aime", "j'aime pas" et permettre aux enfants une meilleure compréhension du langage théâtral, proposez une lecture du spectacle.
Dans un premier temps, recensez avec eux tous les signes de la représentation, de la façon la plus exhaustive et la plus objective possible (1 : voir ci-dessous) : c'est une recherche d'indices à la manière d'une enquête policière ! Tenter d'écarter tout jugement de valeur sur ces éléments. Ce recensement objectif et rigoureux doit permettre à l'enfant de recomposer des images mentales qu'il gardera plus longtemps.


L'intime et le collectif 


Voir un spectacle, c'est à la fois faire un voyage intime et vivre une expérience collective. Il est capital de respecter le voyage intime de chaque enfant : si le spectacle l'a touché très profondément, il a le droit de ne pas en parler, s'il y a vu ce que personne d'autre n'a vu, c'est aussi son droit, et s'il n'a pas aimé (ou aimé) contrairement à la majorité de ses camarades, que tous sachent respecter cet avis.

On l'aura compris, si on peut exploiter un spectacle en classe, on évitera de le faire sur ce qui touche au plus profond de chaque être.


Autres exemples d'utilisation du matériau collecté

 

Le jeu d'expression


Pour aider les plus timides à s'exprimer, on peut proposer des jeux d'expression. Que chaque phrase commence par "J'ai vu" ou "J'ai entendu" ou "Il y avait" ou "Ça m'a rappelé", et limitez chaque intervention à un seul élément. Jetez tout ce matériau au tableau, dans un joli désordre ! Après seulement, on tentera de l'utiliser. 


L'expression poétique


Avec les mots jetés au tableau, procédez par raccourcis, néologismes, mots composés, afin de condenser par exemple le nom des objets et leur fonction, le statut des personnages et leur caractère, etc. Si les enfants ont repéré "un tissu bleu pour faire la mer", "des sifflets pour faire comme les mouettes" et "un homme très gros avec des coussins sous ses habits et qui tord la bouche", on pourra assez vite arriver à "un tissu de mer", des "sifflets-mouettes" et un "grimaçeux gonflé aux coussins" ! Faites-en trois phrases courtes, et vous obtiendrez un texte plus fidèle au spectacle et plus juste que bien des critiques de théâtre ! (Ces mots poétiques ont été trouvés par des enfants au cours de nos expériences : ça marche pratiquement à tous les coups !)

 

Vous pouvez également travailler sur la description des différents éléments ayant constitué le spectacle, soit :


1. Les signes de la représentation :

  • les décors (réalistes ou non...)
  • les accessoires (fonction habituelle ou fonction détournée...)
  • les costumes (époques, tissus...)
  • les éclairages (nombre, couleur, fonction dans le spectacle...)
  • le son (musique, bruitage, bruits de jeu)
  • les comédiens (nombre, âge, sexe, taille...)
  • le jeu (gestuelle, humeur, regards, qualité de la voix...)
  • le texte (ou l'absence de texte, les silences...)
  • les techniques d'expression choisies (jeu d'acteurs, marionnettes, clown, chœur, conte, masque, cirque...)
  • le rapport scène/salle (frontal, cirque, vis-à-vis...) les références (ça me rappelle..., c'est comme dans...)


2. Les partis-pris de mise en scène :

  • Quels choix le metteur en scène a-t-il faits ?
  • Qu'a-t-il voulu montrer, souligner ? 
  • Par quels moyens ? Théâtre de convention ou théâtre d'illusion ?
  • Tous ces signes sont-ils cohérents ?