Discours de Victor Hugo                                       à l'Assemblée Nationale

11 novembre 1848

"Messieurs, 

 

J'en appelle à vos consciences, à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misère. L'ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C'est à la faveur de l'ignorance que certaines doctrines fatales passent de l'esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes.

 

Oui, Messieurs, j'y insiste. Un mal moral, un mal profond nous travaille et nous tourmente. Ce mal moral, cela est étrange à dire, n'est autre que l'excès des tendances matérielles. On pourvoit à l'éclairage des villes, on allume tous les soirs et on fait très bien, des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral, et qu'il faut allumer des flambeaux pour les esprits ?

 

Il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé, et le grand. Pour arriver à ce but, Messieurs, que faudrait-il faire ? Il faudrait multiplier tous les établissements où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur... multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les théâtres, les librairies. En un mot faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd."